Le IVe siècle voit le triomphe du christianisme dans l'Empire romain, mais il faudra
attendre la fin du Ve siècle pour que le pèlerinage s'organise, se codifie et prenne
l'allure d'un mouvement de grande ampleur.
C’est à l’époque carolingienne que se met en place une protection juridique du pèlerin.
Il se crée progressivement un ordre des pèlerins "ordo peregrinorum" et une loi
"peregrinorum" leur conférant statut:
- Le pèlerin est protégé dans sa personne: celui qui tue ou détrousse un pèlerin est
plus sévèrement puni qu’un crime de droit commun.
- Le pèlerin est exempté de tonlieux et de péages: cette franchise, adoptée pendant
le règne de Pépin le Bref (715 - 768), est confirmée par Charlemagne et réaffirmée
au XIe siècle par nombre de canons conciliaires et de prescriptions royales. Ainsi
Grégoire VII fait excommunier tout homme qui arrête ou saisit un pèlerin ou un clerc.
- Le pèlerin bénéficie de la protection de ses biens et de sa famille durant son absence:
avant son départ, il met ses affaires en ordre, confie ses intérêts à un proche et
rédige son testament «causa". Ces dispositions sont cautionnées par l’Église et par
le droit coutumier.
A partir du Xe siècle, Saint-Jacques de Compostelle va fortement concurrencer les
grandes destinations de pèlerinage que sont Jérusalem et Rome. Les autorités espagnoles
veillent à la sécurité et à l'état des routes. Au XIIe siècle, un moine du Poitou,
Aimery Picaud, rédige le premier "Guide du pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle"
(Livre 5 du Codex Calixtinus). Il met en garde le pèlerin contre les dangers encourus:
«(…) Dans ce pays, il y a des péagers abominables, à savoir auprès des ports de Cize,
dans le village appelé Ostabat, à Saint-Jean et Saint-Michel-Pied-de-Port. Ils méritent
l'enfer. Venant au devant des pèlerins avec deux ou trois bâtons, ils extorquent
de force un tribut injuste. Et si quelque voyageur refuse de payer, ils le frappent
à coups de bâton et lui arrachent la taxe en l'insultant et en le fouillant jusque
dans sa culotte.»
(.)Bien qu'ils ne doivent légalement exiger tribut que des marchands, ils ponctionnent
injustement les pèlerins et tous les voyageurs.Il faut savoir que ces péagers ne
doivent d'aucune façon percevoir de tribut sur les pèlerins et que les passeurs ne
doivent percevoir qu'une obole pour la traversée de deux hommes s'ils sont riches
et une pièce pour le cheval, mais rien du tout pour les pauvres. Ils doivent disposer
de grandes barques où pourront entrer aisément hommes et montures.»
Clara Landry